Le Petit Thalamus de Montpellier

Édition critique numérique du manuscrit AA9
des Archives municipales de Montpellier dit
Le Petit Thalamus

Le projet « Thalamus » est un projet pluridisciplinaire regroupant historiens médiévistes et modernistes, philologues et linguistes spécialistes de l’occitan médiéval, historiens du droit et historiens de l’art autour de l’édition scientifique et électronique du manuscrit AA9 des Archives municipales de Montpellier connu sous le nom de Petit Thalamus. Ce manuscrit, exécuté à partir des années 1320, est le dernier en date d’une série de manuscrits réalisés à partir des années 1260 et dont sept exemplaires sont conservés. Pièce maîtresse dans l’entreprise de reconstruction mémorielle à laquelle se livra, à partir des années 1260, le consulat montpelliérain, le Petit Thalamus enregistre les privilèges concédés à la ville (coutumes), les textes de nature législative (établissements), les criées, les serments des officiers, les leudes et des annales dérivées des listes consulaires établies depuis le début du XIIIe siècle.

D’un point de vue historique, ce document est exceptionnel à plus d’un titre et notamment parce que rares furent les villes à prendre en charge elles-mêmes leur histoire et leur mémoire de manière aussi précoce. Œuvre consciente et planifiée d’un consulat faisant retour sur ses origines, le Petit Thalamus n’enregistre pas seulement l’histoire de la ville : en créant une mémoire commune, il crée la ville en tant qu’universitas et joue un rôle fondamental dans l’émergence d’une conscience urbaine. Ce caractère exceptionnel est souligné par le statut des consuls. Dotés dès 1205 du pouvoir d’établir des règlements (potestas statuendi), ils assurent à la ville une relative autonomie. Or, ni les coutumes montpelliéraines ni les statuts consulaires ne sont représentatifs du paysage juridique de leur époque, leurs caractéristiques étant le résultat d’un concours de circonstances qui donnent lieu à un dynamisme législatif sans équivalent dans les villes du Midi, ce qui ne les empêchent pas de participer du droit commun européen. Le choix de l’occitan fait du ms. AA9 un document de l’émergence de la conscience politique et linguistique d’une ville médiévale. Le passage du latin à la rédaction occitane après 1259 nous renvoie à la notion de scripta (documentation écrite par une communauté sociolinguistique à une époque précise qui définit un usage linguistique). L’histoire de la scripta languedocienne a été enregistrée par le ms. AA9, qui s’articule autour de trois phases chronologiques différentes. L’étude synchronique et diachronique de cette scripta du XIIIe au XVe siècle fera donc progresser l’état de nos connaissances en matière d’histoire de la langue et de la graphie occitanes.

Date de la présente version : 21 octobre 2016