Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les annales occitanes, introduction linguistique

par Hervé Lieutard (LLACS)

Introduction

Avant la création du consulat, l’occitan n’est pas encore la langue de l’administration de la ville de Montpellier. Fort d’une longue tradition écrite et d’un prestige qui le distingue du vernaculaire, le latin administratif présente l’avantage de disposer de tout le lexique notarial ou juridique nécessaire à la rédaction des textes officiels. C’est seulement à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, vers 1260, que l’occitan fait son apparition comme langue administrative du consulat avec la rédaction des premiers Petits Thalami. Il finira par supplanter le latin et devenir peu à peu la langue principale de l’administration du consulat.

L’occitan qui appartient à la même branche romane que le catalan n’est pas encore considéré comme une langue distincte de celui-ci à l’intérieur du diasystème occitano-roman. Ce rapport linguistique étroit qui unit ces deux langues fait écho au rapport politique qui, dès le début du XIIIe, siècle lie le consulat occitan de Montpellier aux nouveaux seigneurs catalans de la ville, les rois d’Aragon. Au-delà de toute considération géopolitique, ces liens étroits ont probablement reposé en partie sur des possibilités d’intercompréhension entre les deux langues sans doute plus importantes au Moyen Âge qu’aujourd’hui. Le développement de l’écrit officiel urbain en occitan à Montpellier, même s’il est unique par sa durée et par la quantité de textes produits, s’inscrit cependant dans un mouvement plus général de développement de l’écrit dans cette langue dans les domaines littéraires, pragmatiques et scientifiques. Son prestige littéraire n’est sans doute pas complètement étranger à sa promotion dans le registre administratif. Cet essor mène à la mise en place progressive de solutions graphiques convergentes générales, notamment au XIVe siècle, à tel point qu’un texte écrit à Montpellier se distingue à peine d’un texte écrit à Toulouse ou à Aix à la même époque.

On peut voir dans ce changement de langue le symbole d’une rupture avec le pouvoir ancien des Guilhems qui faisait un usage exclusif du latin. L’essor de l’occitan administratif accompagne un changement social majeur dans la gestion du pouvoir urbain qui passe des mains d’une élite aristocratique aux représentants de l’activité commerciale et économique de la ville. Plus pragmatiquement, l’utilisation du vernaculaire rend sans doute plus facile la gestion et l’accès à des textes officiels pour des consuls laïcs dont l’occitan était la langue quotidienne de communication et de travail et qui n’avaient pas vocation à être des latinistes chevronnés. On peut supposer que la transcription dans une forme écrite proche du vernaculaire était pour eux d’un accès plus simple que le latin, favorisant ainsi une meilleure articulation entre les délibérations consulaires et les textes censés enregistrer leurs décisions. Il n’est pas impossible que le choix de l’occitan ait également pu permettre aux consuls un contrôle plus strict du contenu des textes consignés par les notaires du consulat.