Le Petit Thalamus de Montpellier

Top

Les annales occitanes, introduction linguistique

par Hervé Lieutard (LLACS)

Notation des occlusives vélaires g

Les graphèmes majoritairement utilisés pour représenter la consonne vélaire g sont respectivement g devant a, o, u (Rigaut, governador, jagut,) et gu devant e, i (Seguin, Guiraut, seguent, Domergue). Pour l’affriquée post-alvéolaire voisée d͡ʒ on t rouve g devant e et i(gent, Agange, regina) de même sans doute que g comme semble le révéler la présence de 52 formes de juge dans les annales à côté de 219 formes de jutge et on trouve j11. Selon les conventions d'édition modernes, nous représentons par j le i mediéval correspondant à d͡ʒ. (voire tj22. On trouve aussi plus rarement jh, uniquement dans Jherusalem, Jhesus et comjhat.) devant a, o et u (major, jorn, mejan, alotjar, jutjaria).

On relève cependant un certain nombre d’écarts graphiques dus à une confusion de certains scribes qui étendent la valeur phonétique représentée par g devant e et i à toutes les voyelles (digous pour ‘dijòus’, degos pour ‘dejós’, heretga pour eretja) . Si la forme dijòus est la plus touchée par ce phénomène (28 occurrences de digous), il existe sans doute une explication logique : en l’absence de distinction possible entre i et d͡ʒ à cause de la double valeur du graphème i dans la graphie médiévale, une forme telle que diious est difficilement lisible. Il est d’ailleurs possible que certains scribes contournent cette difficulté en utilisant le graphème y pour d͡ʒ ( 4 diyous, mais aussi liyoys, liégeois). Cette confusion induit sporadiquement un déséquilibre du système qui conduit les mêmes scribes à généraliser gu devant a, o et u pour pouvoir distinguer la consonne vélaire g (preguar, guabela, carguadas, biguora, Araguon, guovernador33. Il est difficile de dire si les trois formes gouvernayris (1390), gouvernador (2 formes en 1394) sont dues à une inversion des graphèmes dans guo- ou s'il s'agit d'interférences avec le français. On remarquera que ces formes apparaissent précisément dans des contextes liés au roi de France. Dans tous les cas la forme guovernador reste largement utilisée à côté de governador jusqu'en 1426., Borguonhos) de l’affriquée notée g (digous). L’héritage de formes étymologiques latines ou germaniques en gua (lengua, aygua, guardar, guerra) n’est sans doute pas étrangère à cette confusion, même si par ailleurs d’autres formes comme Lengadoc, ayga ou même gerra indiquent que ces digraphes ne correspondent déjà plus, sans doute depuis longtemps déjà, à la prononciation gw réduite à g en languedocien.