Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les annales occitanes, introduction linguistique

par Hervé Lieutard (LLACS)
Dernière mise à jour : 19 février 2021

Notation des occlusives vélaires g

Les graphèmes majoritairement utilisés pour représenter la consonne vélaire g sont respectivement g devant a, o, u (Rigaut, governador, jagut,) et gu devant e, i (Seguin, Guiraut, seguent, Domergue). Pour l’affriquée post-alvéolaire voisée d͡ʒ on trouve g devant e et i (gent, Agange, regina) de même sans doute que g comme semble le révéler la présence de 52 formes de juge dans les annales à côté de 219 formes de jutge et on trouve j11. Selon les conventions d'édition modernes, nous représentons par j le i mediéval correspondant à d͡ʒ. (voire tj22. On trouve aussi plus rarement jh, uniquement dans Jherusalem, Jhesus et comjhat.) devant a, o et u (major, jorn, mejan, alotjar, jutjaria).

On relève cependant un certain nombre d’écarts graphiques dus à une confusion de certains scribes qui étendent la valeur phonétique représentée par g devant e et i à toutes les voyelles (digous pour ‘dijòus’, degos pour ‘dejós’, heretga pour eretja). Si la forme dijòus est la plus touchée par ce phénomène (28 occurrences de digous), il existe sans doute une explication logique : en l’absence de distinction possible entre i et d͡ʒ à cause de la double valeur du graphème i dans la graphie médiévale, une forme telle que diious est difficilement lisible. Il est d’ailleurs possible que certains scribes contournent cette difficulté en utilisant le graphème y pour d͡ʒ (4 diyous, mais aussi liyoys, liégeois). Cette confusion induit sporadiquement un déséquilibre du système qui conduit les mêmes scribes à généraliser gu devant a, o et u pour pouvoir distinguer la consonne vélaire g (preguar, guabela, carguadas, biguora, Araguon, guovernador33. Il est difficile de dire si les trois formes gouvernayris (1390), gouvernador (2 formes en 1394) sont dues à une inversion des graphèmes dans guo- ou s'il s'agit d'interférences avec le français. On remarquera que ces formes apparaissent précisément dans des contextes liés au roi de France. Dans tous les cas la forme guovernador reste largement utilisée à côté de governador jusqu'en 1426., Borguonhos) de l’affriquée notée g (digous). L’héritage de formes étymologiques latines ou germaniques en gua (lengua, aygua, guardar, guerra) n’est sans doute pas étrangère à cette confusion, même si par ailleurs d’autres formes comme Lengadoc, ayga ou même gerra indiquent que ces digraphes ne correspondent déjà plus, sans doute depuis longtemps déjà, à la prononciation gw réduite à g en languedocien.