Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les annales occitanes, introduction linguistique

par Hervé Lieutard (LLACS)

Conclusion

Le rattachement de Montpellier à la Couronne de France en 1349 ne signifie pas un abandon de l’occitan. Bien au contraire, cette période de mutation politique et administrative se caractérise par un plus grand souci de correction linguistique et un accroissement du volume des textes en occitan dont rendent compte les annales du Petit Thalamus. Jusqu’à la dernière année de leur rédaction, en 1426, la forme d’occitan écrite reste solide. On ne note pas un quelconque processus de délabrement des usages graphiques, ni d’intrusions massives de gallicismes. Si l’écriture en occitan s’interrompt brutalement, ce n’est donc pas parce que l’occitan serait subitement devenu une langue inadaptée pour remplir des fonctions administratives. Si les consuls montpelliérains ont probablement pris conscience que la maîtrise des techniques de l’écrit pouvait faire de l’occitan un puissant instrument de pouvoir au niveau de leur ville, cette conscience du pouvoir de l’écrit n’aura sans doute pas échappé non plus au roi de France et à ses administrateurs. La reprise en français des annales du consulat montpelliérain en 1502, quelques années avant l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), montre que le choix du français, que l’ensemble de la population montpelliéraine est encore loin de maîtriser, n’a déjà plus rien à voir avec le choix d’un simple outil de communication ou de gestion, mais que le français est bel et bien devenu le nouvel instrument de contrôle d’un pouvoir central sur les pouvoirs locaux.