Le Petit Thalamus de Montpellier

Top

Le projet Thalamus

par Vincent Challet (CEMM), Gilda Caïti-Russo (LLACS) et Philippe Martel (LLACS)

Quelques réflexions sur la traduction

La première édition de la « chronique romane » de 1840 présentait, entre autres défauts, une lacune grave : elle ne s’accompagnait d’aucune traduction ni même d’un glossaire. Nous souhaitons évidemment combler cette lacune et nous joignons donc à une transcription critique du manuscrit AA9 des Archives municipales de Montpellier une traduction en français.

Celle-ci se fixe un certain nombre de principes qu’il convient de préciser d’emblée :

  • elle entend rendre accessible en français contemporain le texte original, que nous souhaitons disposer face à la traduction ; nous avons voulu éviter le style « moyennageux » sans pour autant prendre de libertés avec le texte, et sans prétentions esthétiques exagérées. Cela suppose évidemment que des notes viennent expliciter les points les plus délicats, les passages où l’obscurité du texte ou une maladresse, ou encore l’emploi d’un vocabulaire spécifique non référencé dans les outils lexicographiques disponibles : ce travail n’est pas encore achevé et les traducteurs discutent encore les hypothèses qu’ils proposent et entre lesquelles la traduction les obligera à trancher. Ajoutons tout de même que ces points ne sont pas très fréquents.
  • un vrai problème se pose pour la transcription/traduction des noms propres, des personnes comme des lieux. L’équipe qui a préparé l’édition de la chronique a opéré des choix, non sans débats entre ses membres :

Pour ce qui est des noms de lieux, ils sont donnés dans leur forme française actuelle, qu’il s’agisse des noms de villes occitanes (Montpeylier/Montpellier, Agange/Gange, Nemze/Nîmes…) ou des autres villes, à l’exception des noms étrangers pour lesquels il n’existe pas de forme française acceptée (Rome, Venise, mais Grosseto). Il en va de même pour certains noms de lieu utilisés comme patronymes et difficilement identifiables sous leur forme médiévale (de Venránegues = de Vendargues).

La plus grande difficulté concerne précisément les noms de personne. On a choisi de procéder différemment selon les cas.

Les noms des personnages les plus importants sont restitués sous la forme familière à tout lecteur contemporain d’ouvrages historiques concernant la période. On parlera donc de Pierre ou Jacques d’Aragon et non de Pere ou Jacme, et de Bertrand du Guesclin, et non du Clesqui.

Comme le montre ce dernier exemple, les rédacteurs des annales prennent, et ce n’est pas vraiment surprenant, des libertés avec les noms de personnages qui ne leur sont pas familiers ou qui appartiennent à des langues qu’ils ne maîtrisent pas ; c’est le cas des noms d’origine septentrionale de sénéchaux ou d’autres représentants du pouvoir royal en Languedoc ; des sources contemporaines permettent de leur restituer la forme originale. Il en va de même pour d’autres, ainsi de cet antipape nommé Ravalhocho, définitivement connu sous la forme plus satisfaisante de Rinalducci, ou de la longue liste des seigneurs qui ont perdu la vie ou la liberté à la bataille de Poitiers : non seulement le scribe écorche leur nom sans trop de scrupules, mais encore, comme il a sans doute eu en main plusieurs listes, il arrive que deux noms, pas toujours très ressemblants, désignent le même personnage.

C’est un autre problème que nous avons rencontré avec les noms et les prénoms des originaires de Montpellier ou de sa région. Certains sont encore portés aujourd’hui, et pas seulement par des barons de Caravètes – le lecteur les reconnaîtra au passage –, mais le stock anthroponymique de la région a subi suffisamment de changements au fil des siècles pour que tous les patronymes attestés au XIVe siècle n’aient pas survécu. On voyait mal par ailleurs comment « traduire » en français contemporain des noms tels que « Cap de buou » (Tête de bœuf) ou « Benofarem » (On le fera bien), ou des prénoms comme Austorg, Daude, Ot, Randols ou Siscle. On a donc pris le parti de laisser ces noms sous leur forme occitane. Cela ne suffisait pas pour autant à régler un autre problème : selon les moments, et au gré des choix, sinon des fantaisies, des scribes, le même patronyme peut être écrit de plusieurs façons (Pueg, Puetz, Puog, Puech…, Azilhan, Asilha, Adhilhan, Arilhan …., Benereg, Beneseg, Benesech…). Sous peine d’illisibilité, il convenait de simplifier et de régulariser, tant en ce qui concernait la traduction que les entrées de l’index. La lemmatisation opérée se conforme aux principes de la graphie actuelle de l’occitan (Puèg, Asilhan, Benesech). L’essentiel, à nos yeux, est que l’édition du texte occitan respecte ces variations, et permet au lecteur de les apprécier, et nous avons scrupuleusement respecté ce principe.