Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les thalami montpelliérains : genèse, tradition manuscrite et codicologie

par Pierre Chastang (DYPAC)

Du cartulaire au cartulaire-dossier

Pour les notaires agissant du temps des rois de Majorque, il ne s’agit pas de constituer un second cartulaire qui rassemblerait l’ensemble des actes touchant les droits seigneuriaux montpelliérains détenus par la dynastie majorquine. Le nombre limité d’actes transcrits en témoigne et Joseph Berthelé a raison de qualifier ces cahiers supplémentaires de registre. Le travail de transcription des notaires ne présente aucun caractère systématique. On trouve ainsi dans le Grand chartrier de la ville de nombreux actes qui auraient pu y figurer en bonne place, dans la mesure où ils traitent des droits seigneuriaux hérités du temps des Guilhem.

Le manuscrit augmenté s’apparente davantage à certains cartulaires-dossiers qui sont rédigés, après 1235, dans les institutions ecclésiastiques de la région, comme c’est le cas au sein du chapitre cathédral et de l’évêché d’Agde. Constitués sous la forme de courts dossiers documentaires liés à une affaire précise, ils rassemblent des actes dont les originaux sont gardés en des lieux différents, sans doute la plupart du temps sous la forme de simples notae conservées dans des registres de notaires. Lorsque l’acte est transcrit à partir d’un original grossoyé, le notaire responsable de la version insérée dans le cartulaire trace de sa propre main le seing du rédacteur (CartRM, n° 578 [22 juin 1218]). Il s’agit d’une pratique qui est attestée dans la confection des parties initiales du Grand thalamus AA 4 comme du Grand thalamus AA 7, dit le Livre noir ou Second thalamus.

Dans six cas, la copie a fait l’objet d’un collationnement, avec la présence d’autres notaires (CartRM, nos 578, 602, 603, 604, 607 et 608). C’est le cas par exemple dans l’acte daté du 8 avril 1249 (CartRM, n° 602), rédigé par Jean, notaire public d’Aumelas : et mei Johannis, publici Homellacii notarii qui rogatus a partibus hec scripsi.

Il s’agit d’une nouvelle vente par le chevalier Guilhem Pierre de Saint-Pons – la précédente ayant été perdue – en faveur de la communauté des habitants de Popian, représentée par leur syndics et procureurs, de toutes ses possessions et droits dans le terroir de Popian pour la somme de 150 sous melgoriens, les lauzimes de la vente ayant été perçues par Bermond d’Aumelas, bayle du castrum, sous réserve des droits seigneuriaux en faveur du roi. Le 26 janvier 1294 (n. st.), l’acte est transcrit dans le codex, à partir de la charte originale, par le notaire Jean de Podio Arnaldi à la demande d’Étienne Sabors, représentant du roi : Est autem sciendum quod ego Johannes de Podio Arnaldi, publicus Montispessulani notarius, hoc presens transcriptum sumpsi et extraxi de predicta originali carta et in publicam formam redigi precedentibus decreto et auctoritate domini Stephani Sabors, gerentis vices locum tenentis in Montepessulano pro illustri domino rege Majoricarum ad instanciam Jacobi Fornerii, procuratoris ad causas dicti domini regis et juris conservationem dicti domini regis, anno dominice incarnationis millesimo ducentesimo nonagesimo tercio, scilicet septimo kalendas februarii, domino Philippo rege Francorum, regnante.

La transcription a été réalisée en présence de Pierre Seguini, Raimond Lamberti et des notaires Ferrier de Lamena et Bernard de Comairano qui ont contrôlé le travail de Jean de Podio Arnaldi : in presencia et testimonio dominorum Petri Seguini et Raymundi Lamberti, et hic nichil addito seu diminuto vel mutato quam in dicto inveni originali instrumento seu carta predicta. Et ipsum transcriptum perscrutatus fui diligenter de verbo ad verbum cum Ferrario de Lamena et Bernardo de Comairano, notariis publicis Montispessulani, et hic subscribens signo meo signavi [seing de Jean de Podio Arnaldi].

À la suite, Ferrier de Lemena souscrit l’acte et certifie, par la présence de son seing, le travail de collationnement qu’il a effectué sur l’instrument original. Il garantit de la sorte la sincérité et l’authenticité de la transcription de son collègue Jean de Podio Arnaldi : Huic presenti prescrutinio caute et provide facto, ego supradictus Ferrarius de Lemena, publicus Montispessulani notarius, una cum supradictis tabellionibus, testis vocatus et rogatus, interfui et subscripsi et signum meum apposui [seing de Ferrarius de Lemena].