Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les thalami montpelliérains : genèse, tradition manuscrite et codicologie

par Pierre Chastang (DYPAC)

Le corpus des grands thalami

La tradition archivistique et historiographique montpelliéraine distingue à juste titre deux types de thalami : les grands et les petits, ces adjectifs entrant dans la composition de la dénomination courante des livres. Si le format constitue l’élément de distinction le plus évident, d’autres caractères peuvent être mentionnés : les deux corpus ne font pas usage de la même langue principale – latin et occitan –, leur rédaction ne suit pas une chronologie identique, et le contenu dissemblable des deux familles de manuscrits montre que le processus de leur production, comme les fonctions que leur assignait le pouvoir consulaire étaient sensiblement différentes.

Le corpus des grands thalami montpelliérains comprend aujourd’hui trois manuscrits :

  • O. (perdu) manuscrit perdu qui contenait les Fastes consulaires en latin ; 1221-
  • A. Arch. nat. de France, J 339, n° 23 ; 18 feuillets ; 510 mm x 350 mm ; c. 1235, ajouts jusqu’en 1268.
  • B. Arch. mun. de Montpellier, AA 4 (Grand thalamus), 387 feuillets (205 feuillets antérieurs à la fin du XVe siècle et 182 feuillets d’époque moderne) ; 515 mm x 350 mm ; c. 1247-XVIIe siècle.
  • C. Arch. mun. de Montpellier, AA 7 (Livre noir ou Second thalamus) ; 54 feuillets ; 515 mm x 350 mm ; 1247-1251.

Les textes rédigés ou transcrits dans les grands thalami sont en latin, sur parchemin. Seul le manuscrit AA 4 contient des documents en occitan, transcrits après la phase de compilation initiale.

On sait, par une mention insérée dans le texte des fastes consulaires du manuscrit des Archives nationales, que la rédaction d’un premier manuscrit, dont nous ne conservons aucun élément matériel, a été commencée dès 1221 alors que Sauveur d’Anthoniciis remplissait la fonction de notaire du consulat : Anno domini M CC XXI (…) Salvator de Antonicis notarius consulum qui consules supradicti proxime fecerunt incoari et scribi hoc registrum (GTh J 339, f° 1 v).

La version la plus ancienne des Fastes consulaires, contenue dans le fragment du manuscrit des Archives nationales, ne présente aucun changement de main avant l’année 1233, date à partir de laquelle ils deviennent en revanche fréquents. Cet indice paléographique est confirmé par l’analyse des mains ayant transcrit, dans une seconde partie du manuscrit, la série des statuts urbains (GTh J 339, f° 5-17 v). Il semble par conséquent que la mise en œuvre initiale de ce manuscrit doive être rapportée à une période proche de 1235. L’archétype de 1221 demeure impossible à cerner. Nous y reviendrons.

Le début de la rédaction du Livre noir et du Grand thalamus doit être rapporté aux années 1247-1251. L’acte le plus récent copié lors de la phase de compilation initiale est daté du 10 mai 1247 (GTh AA 4, f° 41 et GTh AA 7, f° 50 b-vA). Mais les deux manuscrits ont ensuite eu une destinée dissemblable. Le Livre noir est demeuré inchangé, comme pétrifié dans sa forme initiale née du travail de compilation des années 1250. Seules quelques notes marginales, et une formule pour extraire des documents à partir du livre ajoutée par un notaire en 1475 au folio 52 v viennent perturber cette constance. Le Grand thalamus, au contraire, a été complété par l’enregistrement, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, d’actes nouveaux, ce qui a nécessité l’addition de cahiers supplémentaires. Cette histoire singulière est celle d’un manuscrit qui est devenu, dès la mi-XIIIe siècle, le grand livre officiel de la ville de Montpellier dans lequel les notaires enregistraient les actes importants concernant la ville.