Le Petit Thalamus de Montpellier

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Les thalami montpelliérains : genèse, tradition manuscrite et codicologie

par Pierre Chastang (DYPAC)

Implications documentaire et archivistique

Le développement des petits thalami à partir des années 1260 répond de manière globale au défi que constitue le développement administratif de la ville. Les choix effectués par les notaires, sans doute sur instruction des gouvernants, affrontent l’inadaptation croissante des pratiques anciennes, modelées par la tradition du cartulaire, pour gérer efficacement la conservation et la mise à disposition d’une documentation dont la quantité, comme le nombre de producteurs, vont croissants. Les cartulaires que furent les grands thalami lors de leur rédaction initiale se transforment en registres dans lesquels les notaires copient les écrits diplomatiques importants concernant la ville. Les petits thalami deviennent quant à eux, dès la rédaction du manuscrit E (Bruxelles, Bibl. royale de Belgique, 20807-809), les supports de la production, de la conservation et de la diffusion des corpus textuels administratifs et mémoriels de la ville de Montpellier. Le regroupement des établissements et des serments en collections de textes répond non seulement à un processus général de rationalisation de la gestion des écrits normatifs qui guident les gouvernants dans la conduite des affaires, mais il résulte également du contexte politique particulier des années 1258-1260. La confirmation de Jacques Ier, datée de 1258, tout en canonisant la majeure partie des coutumes, retire une grande part de leur légitimité aux formes de rassemblement anciennes, qui associaient les statuts consulaires aux coutumes dont ils constituaient la continuation et, le cas échéant, la révision. La modification des mécanismes de production du droit urbain et des rapports de pouvoir entre la ville et le prince s’est très rapidement transcrite dans les formes de gestion livresque de l’écrit. La création du corpus des établissements répondait de manière pertinente au nouvel équilibre des pouvoirs, comme à un besoin croissant de disponibilité des textes.